Vous avez enfin un peu de temps devant vous. Pas de rendez-vous. Pas d'urgence. Pas de dossier à terminer.
Alors… que faites-vous ?
Vous répondez à deux messages. Vous rangez quelque chose. Vous lancez une machine. Vous regardez vos mails « juste cinq minutes ». Vous lancez un podcast. Vous faites défiler votre téléphone.
Ou bien vous culpabilisez de ne rien faire.
Car ne rien faire. Vraiment rien. Voilà qui semble devenu étonnamment difficile.
Nous avons même appris à optimiser notre repos
Notre époque nous a appris à optimiser notre temps. Chaque activité devrait avoir un objectif. Chaque moment devrait être utile. Même nos loisirs n'échappent pas à cette logique :
- lire pour apprendre ;
- faire du sport pour rester en forme ;
- méditer pour mieux gérer son stress ;
- écouter un podcast pour développer ses connaissances.
Et lorsque le moment de souffler arrive enfin, nous cherchons souvent encore quelque chose à accomplir.
Le psychologue et docteur en neurosciences cognitives Albert Moukheiber s'intéresse justement à cette difficulté à ne rien faire. Il évoque une sollicitation permanente de notre attention : travail, messages, actualités, notifications, écrans...
À force d'être stimulés en continu, nous avons de moins en moins d'occasions de simplement regarder par la fenêtre, rêvasser ou laisser notre esprit vagabonder.
Pourtant, ces moments apparemment inutiles ne le sont peut-être pas tant que cela. Dans cette courte vidéo, il explique avec beaucoup de simplicité pourquoi ne rien faire peut être bénéfique pour notre cerveau.
▶ Pourquoi est-il important… de ne rien faire ? Albert Moukheiber — YouTubeLe paradoxe du « rien »
Nous avons tendance à opposer faire et ne rien faire. Comme si l'action était toujours vertueuse et l'inaction forcément suspecte. Pourtant, s'arrêter n'est pas la même chose que renoncer.
A. Moukheiber souligne notamment qu'en cessant de rester focalisés sur un problème, nous permettons parfois à notre cerveau de prendre du recul. Alterner concentration, pauses et changements d'activité favorise souvent une autre manière de penser.
Vous avez probablement déjà vécu cette situation. Vous cherchez une solution pendant des heures. Rien. Puis soudain, sous la douche, en marchant ou en regardant distraitement le paysage, l'idée apparaît. Comme si elle était arrivée toute seule. Vous n'étiez pourtant pas en train de travailler. Et pourtant, quelque chose s'est passé.
Le piège ultime : performer le lâcher-prise
Et c'est sans doute là que nous excellons. Nous sommes capables de transformer le repos en projet.
« Cet après-midi, je vais prendre vingt minutes pour ne rien faire. »
L'intention est excellente. Mais très vite, les règles apparaissent :
- sans téléphone ;
- sans télévision ;
- sans livre ;
- sans musique ;
- sans penser au travail ;
- et surtout… il faut réussir à se détendre. 😳
Vous voyez le paradoxe ? Nous venons de transformer le RIEN en exercice de performance. Même le repos peut devenir une injonction supplémentaire.
Or, vouloir absolument se relaxer produit souvent l'effet inverse : une nouvelle pression, une nouvelle attente, un nouvel objectif à atteindre. C'est précisément ce que souligne Albert Moukheiber : si « ne rien faire » devient une nouvelle chose que nous devons absolument réussir, nous passons à côté de l'essentiel.
Alors, faut-il vraiment ne rien faire ? Pas forcément. Lire un bon roman, écouter de la musique, se promener, jardiner, regarder un film ou prendre un café au soleil peuvent être de véritables moments de repos. La question n'est pas tant ce que vous faites que pourquoi vous le faites.
Lire un roman parce que vous en avez envie ? Parfait. Lire parce qu'il faut absolument profiter de ce temps pour vous cultiver ? C'est déjà autre chose.
Faire une promenade sans but précis, juste parce que cela vous fait du bien ? Génial ! Marcher parce qu'une application vous rappelle que vous n'avez pas encore atteint votre quota quotidien ? Ce n'est plus tout à fait la même expérience.
Le repos commence peut-être lorsque nous cessons de lui demander d'être utile.Et si Marc Aurèle avait (déjà) raison ?
Bien avant les notifications, les smartphones et les agendas surchargés, Marc Aurèle rappelait déjà que nous ne maîtrisons pas tout ce qui nous arrive. En revanche, nous pouvons choisir où porter notre attention.
À l'heure où nous cherchons sans cesse à produire, planifier, optimiser et contrôler, cette idée résonne peut-être plus que jamais. Accepter que, parfois, rien n'a besoin de se passer. Ne pas remplir chaque silence. Ne pas transformer chaque temps libre en opportunité d'amélioration. Et simplement être présent.
Et si vous essayiez ?
Pas besoin de méditer pendant une heure. Pas besoin de réserver un week-end dans un monastère ou de s'isoler du monde. Commencez simplement par dix minutes.
Asseyez-vous quelque part. Regardez par la fenêtre. Écoutez les bruits autour de vous. Regardez le ciel. Laissez votre esprit vagabonder. Vous pouvez même prendre un livre si vous en avez envie.
Mais ne cherchez pas à obtenir quelque chose de ces dix minutes. Ni révélation. Ni idée brillante. Ni de meilleure version de vous-même. Rien à réussir.
Si l'ennui s'invite, laissez-le venir lui aussi. Ce n'est pas grave non plus.
Ne faire RIEN, ce n'est pas ne rien faire
Ne faire RIEN, c'est légèrement différent de ne rien faire.
C'est un choix. Un moment que l'on s'accorde pour se poser, respirer, laisser son esprit vagabonder, sans objectif à atteindre ni résultat à obtenir.
Ne rien faire parce qu'on évite une tâche, qu'on repousse une décision ou qu'on remet à demain ce qui doit être fait, c'est autre chose. Là, on parle plutôt de procrastination.
L'un nous permet de souffler et de nous retrouver. L'autre peut nous empêcher d'avancer.
La différence tient peut-être simplement à l'intention : est-ce que je choisis de m'arrêter… ou est-ce que je cherche à éviter d'agir ?
Finalement…
Faire rien, c'est peut-être accepter, pendant quelques instants, de ne rien avoir à faire, ni pour soi, ni pour personne.
Nous passons une grande partie de notre vie à faire, organiser, anticiper, décider, résoudre. Au point d'oublier une évidence. Nous avons aussi le droit d'exister sans produire. Sans avancer. Sans apprendre. Sans nous améliorer. Sans rentabiliser chaque minute. Juste être là.
Et peut-être que le vrai luxe, aujourd'hui, n'est pas d'avoir davantage de temps. C'est de s'autoriser quelques moments qui n'ont pas besoin d'être utiles pour avoir de la valeur.Si après avoir lu cet article vous décidez d'ajouter à votre agenda :
17h30 à 17h40 – NE RIEN FAIRE
… s'il vous plaît, relisez l'article. 😁
Le repos commence peut-être lorsque nous cessons de lui demander d'être utile.
Et la clarté naît souvent de ces moments où nous nous autorisons enfin à nous arrêter.
un temps pour se ficher la paix.

